Le mercato d’hiver XXL du Stade Rennais a acté de fait l’énorme échec de celui de l’été dernier, qui avait été mené par Frederic Massara. Cela a fragilisé le directeur sportif franco-italien, qui était arrivé dans un contexte très difficile en juillet 2024, et dont l’avenir à court terme au SRFC est toujours en question.
C’est un sujet qui fait parler dans le milieu, et ne date pas d’hier : l’avenir très incertain à court terme de Frederic Massara, directeur sportif décrié après l’énorme échec du dernier mercato d’été. Celui de l’hiver a acté ce constat. Sur dix recrues censées aider à construire le Stade Rennais d’il y a six mois, cinq sont déjà reparties (Ostigard, Gronbaek, Jota, Kamara, Meister). Et jusqu’ici, parmi les restants de janvier, seuls Hateboer, James et Faye ont joué un vrai rôle.
Le dirigeant franco-italien au CV luisant (Milan AC, AS Rome), choisi l’été dernier par l’entremise de l’actionnaire François-Henri Pinault et d’Alban Gréget (président du conseil de surveillance), n’ignore pas ce qui se dit autour de lui.
Les responsabilités, je les prends toutes !
Il a traversé la tempête sans laisser transparaître quoi que ce soit. "Il n’y a pas de question personnelle, a-t-il assuré hier, quand on lui a demandé comment il vivait tout ça. Il y a le Stade Rennais, un club, et je dois faire en sorte que les choses aillent pour le mieux. Ce n’est pas une question d’orgueil, si un joueur marche ou ne marche pas. Je ne vais pas citer tous les exemples, mais Jota est reparti en récupérant plus que ce qui a été investi cet été… Notre devoir, c’est justement de sauvegarder la valeur, de construire une équipe forte, compatible avec le projet du club. Les responsabilités, je les prends toutes, mais il y a un seul intérêt : que l’équipe soit forte et qu’elle reparte."
L’été dernier, Massara avait probablement mésestimé les exigences de la L1, en accumulant les "paris" sur des joueurs étrangers. Dans une structure "classique" d’effectif, avec des cadres établis pour les accueillir, et moins de quantité, cela aurait peut-être marché. Mais là, dans un club identitaire comme Rennes, avec les départs de Martin Terrier ou Benjamin Bourigeaud que le club pressentait dès juin, plus tous les autres…
Massara était arrivé tardivement aussi, comme un chien dans un jeu de quilles. Sans avoir pu préparer en amont (on veut dire dès mars-avril, une nécessité dans le foot) un changement total et inédit d’effectif. Il n’était pas non plus le choix du président (Olivier Cloarec à l’époque), a œuvré aux côtés d’un entraîneur (Julien Stéphan) maintenu par l’actionnaire, avec lequel beaucoup de joueurs ne voulaient plus travailler, comme Belocian, Theate, Rieder ou Le Fée…
Il faut absolument analyser dans sa globalité la mécanique des maux rennais. Même si cela n’exonère pas Massara de ses propres erreurs, n’enlève pas les interrogations sur le coût de certains deals perdants effectués avec son réseau, comme celui de Meister.
Quel rôle dans les choix du mercato d’hiver ?
Cela a fragilisé le directeur sportif, qui a notamment été chargé en janvier de gérer les sorties de joueurs. Ses liens avec le directeur du football de l’OM Mehdi Benatia ont joué dans le règlement des dossiers Gouiri, Koné et Brassier. Mais quel rôle global a-t-il eu sur le recrutement, alors que les réseaux du président ont fonctionné, notamment pour Samba, Fofana ou Sishuba ?
Arnaud Pouille, qui a encore brandi hier l’idée d’une "stabilité" à aller chercher après tant de révolutions successives, inclut-il le cas de son directeur sportif ? "Je sais ces rumeurs (sur le départ à venir de Massara), répondait-il voilà quinze jours dans nos colonnes. Frederic est une bonne personne, un être humain touché dans son orgueil, qui a conscience de sa participation à certaines décisions qui n’ont pas été les plus heureuses depuis juin dernier. Il n’est pas dans le déni. Il a aussi son niveau d’expertise dans ce métier. Chacun doit assumer ses responsabilités, et on doit tous faire mieux. Les prises de décisions, je les ferai toujours si c’est nécessaire, mais l’urgence c’est de se serrer les coudes et de montrer autre chose sur le terrain."
Les prochains jours ou semaines donneront des réponses. Quoi qu’il arrive, le Stade Rennais aura besoin de préparer le mercato d’été dès le printemps, avec une structure de direction bien définie, pour ne pas risquer de recommettre les mêmes erreurs. Frederic Massara en sait quelque chose.